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Non aux coupures : oui à de véritables politiques culturelles
Engagée depuis plusieurs mois dans les travaux de la CAMI (Coalition des ayants droit musicaux sur l’Internet) et de la Coalition pour la copie privée, la SPACQ focalise ses efforts sur ces deux enjeux en collaboration avec l’ensemble de la filière musicale québécoise.
Or, la rentrée est marquée par le déclenchement d’élections fédérales, sur fond de coupures drastiques de programmes culturels importants. La mobilisation massive du milieu culturel face à ces coupures est nécessaire et sonne un vigoureux réveil du monde artistique. Rappelons que l’argent dévolu aux tournées internationales ne va pas dans la poche des artistes, mais assure plutôt le rayonnement international de créations artistiques canadiennes, et bonifie d’autant les retombées de productions autrement confinées au marché intérieur.
Force est de constater que si le gouvernement Harper a sonné le réveil du milieu artistique, il a aussi astucieusement délimité l’enjeu du débat : soit le rétablissement des programmes. Ainsi confinés au rôle de plaignants dans une cause qui laisse le public un peu perplexe, nous voilà en mode rattrapage plutôt qu’en train de faire avancer d’autres dossiers cruciaux. Car s’il est enthousiasmant de voir monter ce souffle d’affirmation de notre apport à la vie sociale, culturelle et économique (et les bénéfices d’en favoriser l’exportation), il faut aussi donner à ce souffle un discours axé sur l’innovation, l’avancement de nos secteurs, notamment la mise à niveau de la loi sur le droit d’auteur à l’ère des nouvelles technologies.
Surtout, prenons garde de consacrer toute l’énergie que commande ce momentum à la seule question des coupures, qui fait le jeu du gouvernement. En termes clairs, advenant que le prochain gouvernement reconduise les programmes qui font l’objet de la mobilisation, nous aurons eu pour toute victoire un retour au statu quo administratif. Ce faisant, quel capital de sympathie restera-t-il dans l’opinion publique pour les autres dossiers importants sur la table. Poser la question, c’est y répondre.
En mettant tout son poids, son capital moral dans la balance, la communauté artistique doit prendre les devants, enrichir le débat en faisant valoir les autres enjeux essentiels à son développement, et demander aux politiciens leur réel engagement à soutenir le riche potentiel de ce secteur. Oui à la mobilisation, non au jeu du gouvernement Harper confinant le discours des créateurs à un rattrapage de programmes.
Ce dont la filière musicale de ce pays a besoin, ce n’est pas d’un recul de notre rayonnement international, mais d’une loi sur le droit d’auteur novatrice qui assure la juste rémunération de nos œuvres pour les usages qui en sont faits sur l’Internet et sur les supports audionumériques.
Mario Chenart
Président SPACQ