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Tendance lourde…de conséquences
Je constate ce matin que je ne suis pas seul à me voir singulièrement irrité par l’utilisation récurrente de musique américaine dans nos séries télévisuelles francophones. Julie Synder déclarait récemment à Hugo Dumas du journal La Presse qu’elle « adore La Galère, mais moi, les chansons en anglais (NDLR : dans des séries de fiction en français) ça me rend folle, je ne comprends pas ça »
De mon côté, il y a longtemps que les compositeurs m’avaient mis la puce à l’oreille. J’ai donc demandé à quelques producteurs d’où leur venait cet engouement pour les élans musicaux de nos voisins du sud. Leur réponse: la musique américaine possède une vibration unique et un bagage émotionnel que nos grands classiques ou nos artistes de la scène émergeante ne sauraient reproduire.
À les croire, aucun auteur compositeur de chez nous n’aurait pu porter vers le trépas notre « Line la pas fine » avec autant d’émotion que Still Loving you de The Scorpions. Ou encore, la lunatique Sophie Paquin ne pourrait provoquer chez son public la même hilarité, portée par Malajube ou Daniel Bélanger. Moi je dis que c’est bien mal connaitre notre répertoire, le sous évaluer et attiser un vieux complexe – de minorité continentale. Est-on en train de dire aux Respectables, Leloup, Karkwa ou autres rockers qu’ils ne savent incarner notre américanité?
En se cantonnant à l’univers « made in USA », de nombreux producteurs québécois privent nos auteurs et compositeurs d’une vitrine et de revenus appréciables. À preuve, la carrière du talentueux Patrick Watson a certainement profité de l’intégration d’une de ses œuvres à la populaire série « Grey’s anatomy ».
Hollywood et son public auraient-ils permis qu’un chef d’œuvre tel que « Six feet under » se termine par une chanson étrangère? . Pourquoi donc nos productions s’en défendent-elles comme une évidence ?
Cette imprégnation indue aboutit à des effets pervers, devenus monnaie courante dans les thèmes exécutés par nos orchestres de galas (lors entrées et sorties de scène). Ainsi, les musiques de Madonna et U2 ont servi de charnières musicales au Gala Artis à TVA. Juqu’au Gala des Prix d’excellence de la Presse qui s’est conclut ce dimanche sur un thème anglophone. Parlons nous bien d’excellence québécoise?
Nous exportons nos produits télévisuels à travers le monde. Ces derniers sont créés à même notre patrimoine, notre histoire, notre talent, nos artistes et , en très large partie, par nos fonds publics. Notre talent créatif est célébré sur les tapis rouge de Cannes et d’Hollywood. Il est grand temps d’explorer la diversité de notre offre musicale et de l’exploiter fièrement, à juste escient. Notre musique sait attendrir, nous faire pleurer et nous transporter… pourvu qu’il nous soit donné de l’entendre.